“ Les Houillères de Ronchamp ”

Voici un dossier consacré sur l'industrie minière de Ronchamp.

Les Houillères de Ronchamp font partie, géologiquement, au bassin houiller Stéphanien sous-vosgien qui est l'un des quatre bassins des Vosges et du Jura. Il se situe plus précisément à cheval dans le département de la Haute-Saône à l'Est, au Nord du Territoire de Belfort et au Sud du Haut-Rhin. Mais l'exploitation s'est surtout concentrée en Haute-Saône sur les communes de Ronchamp, Champagney et le Magny-Danigon.

Le bassin houiller de Ronchamp se compose de deux couches de charbon et présente un pendage de 20° du Nord-Est (affleurements, puits de l'Etançon) au Sud-Ouest (où il s'enfonce, puits Arthur-de-Buyer). Il est entièrement recouvert au delà par la formation de grès rouge. La zone où il affleure est en partie boisée et réduite en taille, ce qui a rendu sa découverte assez tardive.

Ces deux couches espacées d'une trentaine de mètres sont appelées :

Néanmoins il se trouve une couche entre ces deux principales dite "intermédiaire", trop faible (70/80cm) et de qualité inférieure qui n'a presque pas été exploitée.

Ces deux couches ne se superposent pas, de ce fait à l'Est on a exploité uniquement la première couche et à l'Ouest seulement la seconde. Enfin, ces couches diminuent en largeur, plus elles sont profondes. C'est au puits Saint-Charles et Saint-Joseph que la puissance de ces couches étaient les plus fortes.

Les couches de Ronchamp offrent les accidents habituels aux couches de tous les bassins houillers : rejets montants ou descendants en très grand nombre qui enlèvent toute régularité à l'exploitation et nécessitent de fréquents passages au rocher, crains ou serrements, failles rarement très importantes qui disloquent le gîte et obligent à de coûteuses recherches au rocher, comme celle du levant de Sainte Pauline.

Six concessions ont existé :

Seules les trois premières sont exploitées, Mourière reste indépendante et Lomont et Saint Germain ne sont pas du tout exploitées par manque de moyens.

Les premiers affleurements sont découverts à Ronchamp vers 1744, quelques galeries sont creusées mais l'exploitation démarre réellement en 1757 à l'institution de deux concessions : celles de Ronchamp et Champagney. Elles sont fusionnées à peine trois ans plus tard. En 1766 est instituée la concession de la Mourière mais celle-ci peine à démarrer et sera exploitée entre 1844 et 1891.

Le fonçage du premier puits du bassin est entrepris en 1810 sur la concession de Ronchamp, il s'agit du puits Saint Louis au nouveau hameau "la houillère". Le puits est équipé pour la première fois d'une machine à vapeur en 1819, il rencontre la première couche de charbon en 1823 à -90m, le puits est approfondi jusqu'à -100m. C'est aussi le puits le plus profond ce qui lui a valu d'être nommé "Grand Puits". Le puits Henri IV fonçé cinq ans après le Saint Louis atteint la seconde couche de charbon également en 1823 et se trouve relié au Saint Louis. Le 10 Avril 1824 le premier accident dû au grisou fît 20 morts au puits Saint-Louis.

Jusqu'en 1832, huit autres puits seront fonçés, le Saint Louis arrive à épuisement et un bilan s'impose : les couches sont trop faibles ou inexploitables.

En 1854 la Société civile des Houillères de Ronchamp est crée, deux nouveaux puits entrent en activité avec le Sainte-Marie en 1867 et le Saint-Georges en 1870. Les sociétés de Ronchamp et Eboulet fusionnent en 1866. C'est à cette "courte" période que la société est à son apogée, l'extraction atteint des sommets avec 223 127 tonnes extraites et surtout avec le fonçage des "grands puits" qui ont marqué l'époque, par leur grande profondeur atteinte : en 1873 le puits du Chanois (-588m), le puits du Magny la même année (-694m) et surtout en 1894 avec le puits Arthur-de- Buyer (-1010m) alors le puits le plus profond de France !

La production atteint 200 000 tonnes par an avec 1500 mineurs (1875). Ce sont les trois derniers puits en exploitation à partir du début du 20ème siècle.

Les derniers investissements sont entrepris après la première Guerre Mondiale en 1920, la centrale électrique construite 10 ans auparavant en 1906 est agrandie, les mineurs utilisent finalement des marteaux-piqueurs et certains puits sont modernisés comme le puits du Magny, le puits Arthur-de-Buyer est dédoublé, le puits Sainte Marie reçoit un nouveau chevalement en béton, le puits Notre-Dame est remis en service pour l'exhaure.

Malgré tout, la crise de 1930 et la Seconde Guerre Mondiale frappent de plein fouet les houillères qui ne cessent de décliner à cause : de la concurrence, du transport et de la médiocrité de son charbon. En 1946 pour la nationalisation le bassin est confié à EDF qui est intéressé par l'importante centrale électrique.

La médiocrité du charbon conduit à effectuer de nouvelles recherches notamment aux affleurements, de nouveaux moyens permettent alors d'exploiter des couches laissées à l'abandon. C'est ainsi que le puits de l'Etançon est fonçé en 1949 à -44m, et tout autour de celui-ci, le creusement de galeries à flanc de coteau comme : Le Plan Grisey III, la Galerie 780, la Galerie Didier, la Galerie Choley, le Foncage Robert, le Foncage de l'Est, la Galerie Datout et la Galerie Fourchie. Avec la ré-exploitation des affleurements c'est en quelque sorte un retour à l'exploitation du début, c'est à dire artisanale, cela permet de prolonger encore un peu l'extraction qui finira dix ans plus tard. Le puits du Chanois ferme en 1951, Arthur-de-Buyer en 1954 et enfin l'Etançon en 1958 ainsi que le puits du Magny le 03 Mai 1958. La concession est renoncée à EDF en 1961.

Voici une liste des puits qui ont été fonçé dans le bassin :

Sources :

Puits Sainte-Marie

Afin de remplacer le puits Saint-Charles qui arrive à épuisement, il est entrepris le fonçage d'un nouveau puits à l'Ouest de celui-ci. Le 1er avril 1864 débute le fonçage du puits Sainte-Marie avec un diamètre de 3,5m. Le terrain houiller est rencontré à -239m, mais le puits est approfondi jusqu'au terrain de transition à -359m de profondeur.

La couche ne fait que 60cm de puissance, pour autant on creuse quelques galeries et en 1869 la jonction est faites avec le puits du Saint-Charles. Le puits devient puits d'aérage malgré l'échec de la recherche de charbon et le ventilateur du puits Sainte-Pauline est installé sur le carreau de la fosse.

Le puits est abandonné en 1896 à la suite de la fermeture des puits Saint-Charles, Saint-Joseph et Notre-Dame.

Les Houillères décident de remettre en activité le puits Sainte-Marie en 1924, il est alors équipé d'un nouveau chevalement en béton armé conçu par l'ingénieur belge Charles Tournay, d'une machine d'extraction électrique et de deux ventilateurs. Cependant le puits du Chanois plus près des installations de traitement est désigné comme puits central, il est relié à Sainte-Marie qui en assure l'aérage jusqu'à la fin en 1958.

En 1950 ses molettes et sa machine d'extraction sont démontées et installées au puits de l'Etançon.

Une dalle en béton est coulé à l'orifice du puits le 27 Août 1959 par la société Cotta, que l'on peut encore lire au sol.

Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie
Puits Sainte Marie

Notes Il s'agit d'un chevalement en béton armé de type avant carré porteur de 20m de hauteur est construit par Charles Tournay, architecte belge à qui l'on doit notamment le chevalement du puits du Sauwartan.

Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie Puits Sainte Marie
Puits Sainte Marie
Tombe puits Sainte Marie Tombe puits Sainte Marie
Tombe puits Sainte Marie
Emplacement Molettes
Emplacement Molettes
Emplacement ventilateur
Emplacement ventilateur
Emplacement bâtiment du ventilateur
Emplacement bâtiment du ventilateur

Puits Arthur de Buyer

Puits Arthur de Buyer Machine d'extraction
Puits Arthur de Buyer

La Société des Houillères de Ronchamp entreprend un pari osé, celui de creuser un nouveau puits qui devra remplir la mission d'extraire 1000 tonnes par jour. Périlleux défi donc car d'une part la situation des Houillères n'est pas très favorable et d'autre part le terrain sur lequel le puits est fonçé n'a pas été reconnu.

Le puits N°11 est fonçé en 1894 dans la forêt de Chérimont à Magny-D'Anigon. Le puits est isolé et situé à l'écart à 1800m au Sud-Ouest du puits du Magny. Ce puits est l'oeuvre de deux personnes, Arthur-de-Buyer, dont le puits héritera de son nom, actuel président des Houillères et Léon Poussigue, le directeur et ingénieur des mines des Houillères, qui va concevoir le puits et tous ses bâtiments.

Deux puits sont fonçés de 4m de diamètre :

Le puits 11B atteint -860m et le puits 11A -1010m en 1900. Il s'agit du premier puits a dépasser les 1000m de profondeur et devient également le puits le plus profond de France à ce moment là. Le carreau est équipé de deux chevalement métalliques, distants de 30m et hauts de 41m. On installe pour l'extraction une énorme machine d'extraction bicylindroconiques (deux tambours de 95 tonnes chacun) à vapeur de 1200 chevaux. Un câble de 1175m est installé et pesant pas moins de 5560kg ! Trois étages sont équipés à -810m, -860, et -1010m (Il fait 47°C à -1010m !)

D'autre part se trouve également le bâtiment des chaudières, le bâtiment des machines (compresseurs, ventilateurs, pompes), une lampisterie, une forge, vestiaires, douches, bureaux, salle de premier secours et d'un garage à vélos.

En 1928 la production atteint 87 498 tonnes. Cette même année, les installations sont modernisés, le puits 11A est dédoublé, un nouveau bâtiment d'extraction est construit et une machine d'extraction bicylindroconique électrique est installée. L'aérage est assuré par le puits Sainte-Marie, les vestiaires se transforment en salle des pendus, les chaudières sont supprimées et le bâtiment sert d'écurie. C'est la centrale électrique qui produit l'énergie nécessaire. Dans les années 1930 des galeries de recherches sont creusées mais elles ne débouchent que sur les limites du gisement ou des couches inexploitables. Un travers banc est creusé à l'étage -810 qui permet de relier le puits du Magny.

Après la Seconde Guerre Mondiale et la nationalisation, la production du puits n'est que de 8842 tonnes. L'exploitation s'arrête le 30 janvier 1954, les puits sont remblayés quatre ans plus tard.

Salle des machines Salle des machines Salle des machines
Salle des machines
Salle des machines et chaudières
Salle des machines et chaudières
Salle des chaudières Salle des chaudières Salle des chaudières
Salle des chaudières
Cheminée Cheminée
Cheminée
Ancien bâtiment d'extraction puits 11A Ancien bâtiment d'extraction puits 11A
Ancien bâtiment d'extraction puits 11A
Nouveau bâtiment d'extraction puits 11A Passage de câbles
Nouveau bâtiment d'extraction puits 11A
Tombe puits 11A
Tombe puits 11A

Notes En 1928 le puits 11A est modernisé, le chevalement est dédoublé et devient un chevalement de type portique.

Bâtiment extraction puits 11B
Bâtiment extraction puits 11B
Tombe puits 11B
Tombe puits 11B

Autres puits et vestiges

Puits du Chanois Cokerie du Chanois
Puits et cokerie du Chanois
Monument des mineurs
Monument des mineurs
Lampisterie puits du Chanois
Lampisterie puits du Chanois
Cokerie du Chanois Cokerie du Chanois Cokerie du Chanois
Cokerie du Chanois

Notes Le puits du Chanois est fonçé en 1873 avec un diamètre de 3,2m il entre en exploitation en 1900 et atteindra la profondeur de -588m, il ferme en 1951.

La cokerie est construite à partir de 1913 avec une batterie de 28 fours horizontaux et récupération des sous-produits. Elle ne démarre qu'après guerre en 1920 et permet de traiter 175 tonnes de charbon par jour soit une production de 130 tonnes de coke.

Cokerie du Chanois Cokerie du Chanois Cokerie du Chanois
Cokerie du Chanois
Quai à coke inclinée
Quai à coke inclinée
Sous-produits
Sous-produits

Notes Sur le site il reste une trémie encore debout, une autre à terre, le bâtiment des sous-produits qui semble avoir été reconverti en habitation pendant un temps et une partie de la cokerie dont il reste la base en brique et un quai bien reconnaissable avec ces escaliers. Le coke était défourné sur ce quai incliné puis refroidi par des jets d'eaux avant d'être chargé dans des wagons.

Tombe puits 10
Tombe puits 10
Tombe puits Notre-Dame Tombe puits Notre-Dame
Tombe puits Notre-Dame
Tombe puits Saint-Georges
Tombe puits Saint-Georges
Tombe puits de l'Esperance
Tombe puits de l'Esperance
Tombe puits Tonnet Tombe puits Tonnet
Tombe puits Tonnet

Notes Le puits Saint-Georges est fonçé en 1866 le charbon est rencontré a -440m et approfondi jusqu'à une seconde couche à -453m. Il est abandonné à partir de 1873.

Le puits de l'Espérance est fonçé en 1855 sur des terrains marécageux, il est arrêté en août 1858 à -103m. Une société concurrente ayant déjà atteint la profondeur de -600m dans ce secteur n'a trouvé aucune couche, le puits est alors abandonné.

Le puits du Tonnet est fonçé en 1883 et arrêté en 1888 (-574m) pour des causes de rentabilité (les couches sont peu épaisses et faillées).

Puits de l'Etançon Puits de l'Etançon Puits de l'Etançon
Puits de l'Etançon
Emplacement compresseurs
Emplacement compresseurs
Emplacement machine d'extraction
Emplacement machine d'extraction

Notes Le puits 13Bis ou de l'Etançon est le dernier puits fonçé dans le bassin, en 1949, et mis en service un an plus tard, il atteint la profondeur de -44m. Il est équipé d'un chevalement métallique avec les molettes et la machine d'extraction provenant du puits Sainte-Marie. L'extraction s'arrête en avril 1958.

Fonçage Robert
Affleurement

Notes Les affleurements ont été exploités dés le début sur la première couche de 1744 à 1800, puis à la fin de l'exploitation entre 1950 et 1958 sur la seconde couche.

Les affleurements du terrain houiller s'étendent de l'Est à l'Ouest sur une longueur de 5 kilomètres. Sur cette étendue les couches de charbon arrivent au jour en divers points au Culot, à Mourrière, dans le bois de l'Etançon et enfin dans le bois de Champagney au dessus de la Bouverie

Galerie Fourchie

C'est dans cette galerie que se produisit le dernier accident mortel des Houillères. Le 16 Décembre 1950 un coup d'eau provenant des anciens quartiers supérieurs fait 4 victimes. Une stèle est posée rappelant cet événement au niveau du puits de l'Etançon.

Fonçage Robert

Le fonçage Robert est creusé en 1951, il permet d'exploiter la deuxième couche de charbon de l'Etançon qui a un pendage de 30°. D'abord utilisé pour la sortie des wagonnets où il est équipé d'un treuil, on y installe ensuite un ventilateur qui servira d'aérage pour tout le réseau de l'Etançon.

Fonçage Robert Fonçage Robert Fonçage Robert Fonçage Robert Fonçage Robert
Fonçage Robert

Galerie 780

La galerie est creusée en 1946, elle fait 60m de long. On peut apercevoir les deux couches de charbon à l'entrée de la galerie. L'entrée a été restaurée et permet d'admirer la reconstitution d'une galerie de mine avec boisages et berlines à l'intérieur.

Galerie 780 Galerie 780 Galerie 780
Galerie 780

Galerie de l'Etançon

Galerie de l'Etançon Galerie de l'Etançon Galerie de l'Etançon Galerie de l'Etançon Galerie de l'Etançon
Galerie de l'Etançon

Plan Grisey III

Cette galerie a été creusée depuis les quartiers miniers en tant que sortie de secours.

Plan Grisey III Plan Grisey III
Plan Grisey III