“ Les Ardoisières de Rimogne ”

Il s'agit d'un dossier sur les anciennes ardoisières de Rimogne. Rimogne fait partie du "trio" du bassin ardoisier des Ardennes qui comprenait : Rimogne, Fumay-Haybes et Monthermé.

L'ardoise pour rappel est utilisé pour la construction et surtout la couverture, grâce à son pouvoir d'étanchéité, mais on l'a retrouve également d'usage pour les pierres tombales.

Le sous sol de Rimogne appartient au Cambrien, il se caractérise par des bancs alternés de grès et de schistes (dont fait partie l'ardoise), ceux-ci peuvent avoir une puissance maximale de 25 mètres sur 10 d'épaisseur. Dûs aux nombreux plissements de terrains ces bancs sont fracturés et sont souvent en plans inclinés dont le pendage se situe entre 35 et 51° (Pour Rimogne).

On distingue deux types d'ardoises :

Ardoisières de Rimogne L'extraction de l'ardoise à Rimogne remonte dés le 13ème siècle, la ville a compté plusieurs fosses qui ont rythmé l'ensemble du village.

Nous allons nous intéresser principalement au dernier vestige encore présent dans la région : la fosse Saint Quentin (anciennement fosse Hallevoye, fosse Huart, fosse Dambraine...) datant de la fin du 16ème siècle. En 1785 Saint Quentin produit 4,5 millions d'ardoises en employant seulement 35 ouvriers. En 1831 la Compagnie des Ardoisières de Rimogne et de Saint-Louis-sur-Meuse est crée, en 1840 elle regroupe 8 ardoisières à Rimogne, ce chiffre ne cessera de descendre jusqu'à la fermeture (7 en 1900 et 5 en 1930, alors la période la plus productive). En 1843, un puits de 120m est foré à Saint Quentin afin de pouvoir remonter la pierre dans des barils (wagonnet fermé).

(Bureau des ardoisières, siège social de la Compagnie des Ardoisières de Rimogne)

Pendant la première guerre mondiale, 600 ouvriers sont employés par la société on produit alors 30 millions d'ardoises par an, en atteignant le maximum vers 1930, avec 80 millions, la fosse Saint Quentin sera également abandonné à cette période.

40 ans plus tard, afin de re-dynamiser le bassin ardoisier et lui faire prendre un nouveau départ, la fosse est de nouveau ouverte, pour cela on va moderniser le puits. En effet cette fosse apparait comme étant la plus active, ayant de confortables réserves d'ardoises et se prête au mieux pour recevoir un chevalement métallique, son inauguration aura lieu le 4 décembre 1961. Il permet de faire descendre une douzaine de mineurs à 90m de profondeur (initialement 120m) et de remonter les barils à l'aide d'un raillage vertical.

En 1971 c'est la fin de l'exploitation des ardoisières dans le département.

Sources :

Les principales fosses :

  1. Saint Quentin
  2. Grande Fosse
  3. Truffy
  4. Saint Brice
  5. Pierka

La descenderie de La Voute

Mais aussi (Commune d'Harcy):

  • La Richolle
  • Risque-Tout
  • La Fosse aux Bois
  • La SICA

Fosse Saint Quentin

Fosse Saint Quentin Fosse Saint Quentin Fosse Saint Quentin Fosse Saint Quentin
Fosse Saint Quentin

Notes C'est l'enterprise Venot à Onnaing (Nord) qui à réalisé le chevalement. Le treuil se trouvait directement en haut. L'accès aux ardoisières par puits vertical n'est que très peu utilisé en Ardenne, mais à Rimogne il y en eût malgré tout plusieurs : à Grande Fosse (Le plus profond, 170m), Truffy et Saint Quentin.

A peine dix ans après sa construction, c'est la fin de l'ardoise à Rimogne.

Baril Baril
Baril
La recette La recette
La recette

Notes Il ne reste plus que le chevalement, aujourd'hui dernier symbole d'extraction du bassin ardoisier de la région, acquis par la commune pour un euro symbolique. Aux alentours du puits, les ateliers des fendeurs ont malheureusement été incendiés dans un accident.

Molette
Molette
Fosse Saint Quentin Fosse Saint Quentin
Fosse Saint Quentin

Grande Fosse

Puits et centrale électrique de Grande Fosse, aujourd'hui c'est l'emplacement de la maison de l'ardoise. Grande Fosse reste la fosse la plus importante de la commune, elle voit l'apparition de la première machine hydraulique (1775) pour le pompage des eaux grâce à un certain Jean Louis Rousseau, puis elle sera modernisé par une machine à vapeur (1835) et enfin par l'adjonction à la fosse de la première centrale électrique (1905) qui alimentera la totalité des fosses de la société.

Le bâtiment se divise 5 salles distinctes :

De l'autre côté de la rue, rue Jean Jaures, face à la centrale, côté impair se trouve la cité de la Grande Fosse construite par la société dés 1910. Fortement reconnaissable par son alignement et ses maisons à pignons, l'ensemble compte une trentaine de logements.

Grande Fosse
Grande Fosse
Barils
Barils
Molette
Molette
Broye
Broye

Notes Voici une vue extérieure de la Grande Fosse, deux choses sont tout de suite identifiables : la cheminée d'usine, et "l'entrée" dont on voit très bien la séparation avec le reste de l'édifice. Cette partie porte encore les marques de sa précédente utilisation, c'est à dire le départ du courant, on y voit les isolateurs ronds.

Broye
Broye
Découpoir
Découpoir

Notes Les broyes et découpoirs sont des machines-outils actionnés à l'aide d'une pédale, qui servent a tailler l'ardoise et lui conférer sa forme finale. Des ateliers de façonnage étaient installés à proximité de la fosse (bâtiment toujours visible).

Le puits Le puits Le puits
Le puits

Notes C'est un puits vertical, descendant à -185m. Aujourd'hui on voit une partie du fond qui est entièrement noyé. Observez au plafond, caché derrière l'impressionnante charpente, les deux molettes du puits d'où pendent encore les câbles, qui permettaient la remontée de deux barils.

Sainte Barbe
Sainte Barbe
Machine d'extraction Machine d'extraction
Machine d'extraction

Notes Un beau double tambour bien conservé, mais il manque malheureusement la partie motrice.

Observez le bel engrenage à chevrons en V.

Tableau électrique
Tableau électrique
Manette treuil Saint Brice
Manette treuil Saint Brice
Turbine Grande Fosse
Turbine Grande Fosse
Tableau électrique
Tableau électrique

Notes La salle de la génératrice, qui n'est plus présente, seul reste les tableaux de commandes électriques, fort bien conservés. D'ici on alimentait en courant toutes les fosses.

Compresseurs Compresseurs Compresseurs
Compresseurs

Notes Les premiers compresseurs furent installés entre 1892 et 1895 mais remplacés en 1923 par des Ingersoll-Rand, toujours visibles actuellement.

Truffy

L'ouverture de la fosse date de 1836. Tout d'abord appartenant à la compagnie de la fosse de Pierka elle passe sous le joug de la société des Ardoisières en 1887. Elle sera alors complètement modernisée pour permettre la descente de barils. Son exploitation alors limitée va se développer et fournira une très belle ardoise de qualité, Truffy deviendra alors une des fosses les plus importantes. Les 46 chantiers d'exploitations chassants sont desservis par une unique galerie de roulage, entre chaque ouvrages, on adopte la méthode de piliers tournés.

Ce sera la dernière ardoisière a fermer à Rimogne, l'atelier de fendage (détruit) a été le dernier à accueillir les ouvriers en 1971.

Truffy
Truffy

Notes Le bâtiment principal de la fosse avec en devanture le bureau du contremaître et son petit clocheton au dessus du puits.

Truffy
Truffy
Baril
Baril
Le puits
Le puits
Rails
Rails
Défense d'entrer
Défense d'entrer
Baril
Baril
Puits
Puits
Treuil Indicateur de profondeur
Machine d'extraction
Rouleau
Rouleau
Ancien treuil
Ancien treuil

Notes Voici le puits vertical avec encore son treuil, son tambour et le passage de câble (Cf : Rouleau).

La molette est toujours présente au dessus du puits, le fond est encombré à partir d'une dizaine de mètres, on a balancé tout un tas de choses dont un découpoir. C'est par ici qu'était remonté l'ardoise, le puits atteignait la centaine de mètres..

En face à face du treuil ce qui semble être un autre treuil, peut être celui d'origine ou de secours, aujourd'hui il reste plus qu'un arbre de transmission.

Treuil Treuil
Treuil
Pignons
Pignons

Notes Le coup de gueule : le massacre de Truffy...

Je reviens à Rimogne, apprenant les nouvelles actions que la ville a mis en oeuvre sur son patrimoine ardoisier (le ré-aménagement de la Voute et la nouvelle ouverture de la maison de l'ardoise) malheureusement rien n'est fait à Truffy, dommage. Pire que tout elle a été complètement massacrée. Il restait là un très beau vestige d'extraction, presque complet et plutôt en bon état, c'était une belle découverte pour ma part et l'ensemble de la fosse me paraissait correct, c'était authentique, il y avait là quelque chose à sauvegarder à n'en point douter.

Le treuil a été lâchement découpé et une grande partie a été ferraillé aujourd'hui, on voit nettement les traces de découpes à la disqueuse. Le cache-pignon a également disparu laissant à l'air libre les pignons et l'huile qui s'y trouve au fond.

Je déplore ce vandalisme, et encore plus les non-actions de la ville envers cette fosse hier et encore plus aujourd'hui.

Saint Brice

La fosse Saint Brice est ouverte en 1903, c'est la seule a etre équipée d'un plan incliné (445m) pour la descente des ouvriers (Photo couverture du livre de Léon Voisin, voir Sources) et le transport de l'ardoise. Sur le site se trouvait également un atelier de fendeuses et le centre d'apprentissage de la société destinés à tous les nouveaux apprentis voulant apprendre le métier de l'ardoise. Elle ferme ses portes en 1933.

Treuil
Treuil
Cable
Cable
Freinage
Mecanisme de freinage
Tambours
Tambours
Baril
Baril
Saint Brice
Saint Brice

Notes Il ne reste plus que le vestige du treuil, à double tambours aujourd'hui, sinon tout a été détruit.

Pierka

Ardoise
Ardoise
Pierka
Pierka

Notes C'est la plus ancienne ardoisière de la ville, malheureusement il ne reste absolument plus rien si ce n'est un mur en ardoise le long de la Rimogneuse.

La Voute

La "Voute" date de 1921, c'était une maison installée sur un verdou (déchets d'exploitations formant une butte, une sorte de "terril" d'ardoises) et servait de descenderie pour les ardoisiers pour accéder à Truffy, Saint Quentin et Grande Fosse. L'origine du nom la "voute" vient du fait que l'entrée de cette maison était en forme de voute.

Aujourd'hui la maison a été détruite (il y a plusieurs années) et le puits est en cours de mise en sécurité (lors de mon passage) afin de laisser place à un futur belvédère.

La Voute
La Voute
Verdou Verdou
Verdou

Notes Voici la Voute avant son aménagement.

Rampe d'accès
Rampe d'accès
Belvédère
Belvédère
Sainte Barbe
Sainte Barbe

Notes Voici donc les travaux terminés. L'accès a été refait et la statue de Sainte Barbe qui a longtemps traînée à Grande Fosse a de nouveau repris sa place ici. Le petit toit en verre est l'entrée de la descenderie, elle est aujourd'hui murée. Il faut s'imaginer que celle-ci était située à l'intérieur d'une très petite maison et qu'il y avait une longue queue d'ardoisiers, prêt à descendre, la lampe à l'épaule.

Concernant la descente, celle-ci s'effectuait sur une multitude d'échelles, les ardoisiers "glissaient" dessus, la descente durait 15 minutes, et il en faut trois fois plus pour remonter.

Richolle

Le site de la Richolle est situé sur la commune de Harcy, en pleine forêt. Je me suis rendu sur place, mais il ne reste rien. Je n'ai pas retrouvé les fondations, seul vestige encore existant, à travers cette dense végétation : le site en est complètement envahie et il n'y a rien de bien représentatif à photographier, seule le petit ru de la Richolle qui coule à proximité donne un certain charme, dans les sous bois.

SICA

C'est en 1934 que la société des Ardoisières de Rimogne décide d'implanter une usine de broyage, afin de pouvoir utiliser les déchets de schistes qui sont produit lors de la taille de l'ardoise. L'usine est installée dans d'anciens ateliers déjà acquis par la société depuis 1919, située à la sortie de la ville à la Fosse aux Bois. La SICA (Société Industrielle et Commercial Ardennaise) exploite pour le compte de l'ADR Ardoisières De Rimogne et de Saint Louis sur Meuse, pour produire de la poudre et paillettes d'ardoise.

Cinq étapes sont nécessaires :

  1. L'extraction : On a d'abord vidé les verdoux, aujourd'hui on extrait en carrière à ciel ouvert (Carrière des Blancs-Marais à Harcy).
  2. Le broyage.
  3. Le séchage dans un four rotatif.
  4. Le criblage : on sépare les paillettes en fonction de leur taille.
  5. Le stockage

Pour compléter la gamme, l'usine se compose également d'un service de coloration des paillettes.

Les poudres et paillettes sont utilisées comme matériaux complémentaires de couvertures bitume et mastics.

C'est actuellement la dernière usine qui travaille encore avec l'ardoise.

Usine de broyage
Usine de broyage
Broyage
Broyage
Stockage
Stockage
Cheminée
Cheminée

Notes Cette cheminée datée de 1914 est d'époque des anciens occupants, une clouterie. Elle ne sert plus.

Carrière à ciel ouvert Carrière à ciel ouvert
Carrière à ciel ouvert
Inclinaison
Inclinaison

Notes On exploite en étages, on extrait en suivant l'inclinaison de la roche, celle-ci est dû aux différents mouvements géologiques dans le temps.